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Le Ryan FR Fireball était un avion de chasse embarqué de l'United States Navy, à propulsion mixte : un moteur à pistons dans le nez et un turboréacteur dans le fuselage arrière. Il fut le premier appareil de la marine américaine à emporter un réacteur. Seuls 66 exemplaires de série furent achevés avant la capitulation du Japon, en août 1945. Le FR-1 n'équipa qu'une seule escadrille de chasse avant la fin du conflit et ne fut jamais engagé au combat ; sa structure se révéla finalement trop fragile pour supporter des appontages répétés et il fut retiré du service à la mi-1947.
Le Fireball fut le premier chasseur conçu par la firme Ryan. Celle-ci avait construit en 1927 le célèbre monoplan Spirit of St. Louis avec lequel le pionnier Charles Lindbergh réalisa la première traversée de l'océan Atlantique sans escale et en solitaire. Depuis, la Ryan s'était consacrée principalement aux avions légers et aux monoplans d'entraînement (PT-16, PT-20, PT-21 et PT-22 Recruit) livrés à l'armée de terre et à la marine américaines.
Son sigle signifiait, dans le système de désignation de l'époque, que c'était le premier avion de chasse (F pour Fighter) vendu par Ryan (R) à la marine américaine.
Il fut techniquement le premier avion à réaction à apponter sur un porte-avions américain.
En 1942, neuf bureaux d'études furent contactés par l'US Navy pour le développement d'un chasseur à propulsion mixte (moteur à pistons et réacteur). En effet l'US Navy avait une certaine méfiance envers les premiers turboréacteurs, réputés peu fiables, mais surtout, les réacteurs de l'époque avaient un temps de réponse prohibitif pour être utilisés lors des approches sur porte-avions : en cas de remise de gaz, la lenteur de la montée en régime interdisait toute correction rapide. À cela s'ajoutaient une consommation considérable et des distances de décollage incompatibles avec un pont d'envol, comme l'avaient montré les essais du Bell P-59. Le moteur à pistons devait donc être le mode de propulsion principal (en croisière, au décollage et à l'appontage) tandis que le réacteur devait servir dans les phases d'accélération, de montée et pendant le combat. Le moteur classique constituait en outre une sécurité en cas de défaillance du turboréacteur, technologie encore balbutiante.
Le projet fut lancé à l'initiative du contre-amiral John S. McCain Sr. Le projet de Ryan, Model 28, fut déclaré vainqueur. Au vu de ses performances théoriques dues à son réacteur, il devait être principalement utilisé contre les kamikazes. La fin de la guerre limita fortement son développement. Le Curtiss XF15C-1 explora la même formule mixte pour le compte de l'US Navy, mais ne dépassa jamais le stade du prototype.
Le XFR-1 était un monoplace monoplan à aile basse avec train d'atterrissage tricycle, ailes repliables et crosse d'appontage. Un moteur en étoile Wright R-1820-72W Cyclone de 1.350 chevaux (soit 1.010 kW) était monté dans le nez du chasseur tandis qu'un turboréacteur General Electric I-16 (plus tard redésigné J-31) de 726 kgp était monté à l'arrière. L'entrée d'air se faisait par des ouvertures intégrées à l'emplanture des ailes, ce qui signifiait que l'aile devait être relativement épaisse pour intégrer à la fois ces conduits et le train d'atterrissage principal, qui se rétractait vers l'extérieur. Pour simplifier le système de carburant, les deux moteurs utilisaient le même grade d'essence aviation (avgas). Deux réservoirs de carburant auto-obturants étaient logés dans le fuselage, l'un de 130 US gallons (soit 490 litres) et l'autre de 50 US gallons (soit 190 litres). Le poste de pilotage était placé juste en avant du bord d'attaque de l'aile et le pilote bénéficiait d'une verrière en bulle, lui procurant une excellente visibilité. Le XFR-1 reçut la première aile à profil laminaire montée sur un avion embarqué.
Le Fireball était armé de quatre mitrailleuses Browning M2 de calibre .50 (12,7 mm) avec 300 coups par arme. Elles étaient montées dans la partie centrale de l'aile, immédiatement à l'extérieur des prises d'air pour le réacteur. Quatre roquettes de 5 pouces (ou 127 mm) pouvaient être fixées sous chaque panneau d'aile externe et deux points d'emport étaient prévus sous la section centrale pour accueillir des bombes de 1000 lb (454 kg) ou des réservoirs largables de 100 US gallons (380 litres). Des plaques de blindage protégeaient l'avant et l'arrière du pilote, ainsi que le radiateur d'huile.
Un contrat portant sur trois prototypes XFR-1 et une cellule d'essais statiques fut notifié le 11 février 1943, les deux premiers appareils étant livrés quatorze mois plus tard. Une commande de 100 exemplaires de série suivit le 2 décembre 1943, avant même le premier vol.
Le premier vol du XFR-1 eut lieu le 25 juin 1944 sans son réacteur, ce dernier fut installé peu après ; le deuxième prototype vola le 20 septembre 1944. Les essais confirmèrent ce que la soufflerie avait annoncé : un manque de stabilité longitudinale, dû à une erreur de calcul du centrage. De plus, le fuselage arrière de section circulaire du FR-1 se révéla moins stabilisateur que le fuselage à flancs plats du Grumman F4F Wildcat, qui avait servi de référence pour les calculs de stabilité. Un nouvel empennage, à dérive et stabilisateur agrandis, fut dessiné puis monté en rétrofit sur les prototypes. Les volets à double fente d'origine, de type Douglas, ne donnèrent pas satisfaction en vol : les trois prototypes et les quatorze premiers avions de série en furent néanmoins équipés avant l'adoption d'un volet à simple fente.
Le premier prototype fut perdu dans un accident sur la base NAS de China Lake le 13 octobre 1944. L'enquête allait démontrer que la structure de l'aile n'était pas assez résistante pour supporter les effets de compressibilité. Le problème fut résolu en doublant le nombre de rivets dans les panneaux d'aile extérieurs. Le deuxième prototype s'écrasa le 25 mars 1945, le pilote n'ayant pas réussi à se rétablir après un piqué depuis plus de 10.000 m, probablement aussi en raison des effets de compressibilité. Le troisième prototype s'écrasa le 5 avril lorsque la verrière fut arrachée lors d'un passage à haute vitesse au-dessus du terrain de Lindbergh Field. Les trois prototypes furent ainsi détruits en moins de six mois.
Les essais opérationnels conduits par le Naval Air Test Center de Patuxent River, qui comprenaient les épreuves d'aptitude à l'embarquement, mirent en évidence d'autres défauts : le moteur à pistons avait tendance à surchauffer tant que des volets de capot à commande électrique ne furent pas installés, les crochets de catapultage durent être déplacés et l'amortisseur oléopneumatique de la roulette de nez fut allongé de 76 mm. Les essais d'aptitude à l'appontage débutèrent début janvier 1945 à bord du porte-avions d'escorte Charger : l'appareil réussit cinq catapultages sur le seul moteur à pistons et trois autres avec les deux propulseurs. Aucun problème ne fut signalé à l'appontage.
Les sources divergent sur l'ampleur de la commande complémentaire de janvier 1945. Swanborough et Bowers indiquent que le contrat du 31 janvier 1945 porta le total des FR-1 commandés à 700 appareils, chiffre que retient également la littérature française (100 exemplaires initiaux, puis 600). Green donne au contraire une commande initiale de 100 appareils suivie de 1.000 chasseurs supplémentaires en janvier 1945, avec 1.044 exemplaires annulés le jour de la capitulation japonaise, soit un total voisin de 1.100. Dans tous les cas, les contrats étaient conditionnés à la réussite des essais d'embarquement.
Les livraisons commencèrent en mars 1945 mais seuls les 17 premiers exemplaires furent affectés à une escadrille de chasse, la VF-66. Le reste fut utilisé pour divers essais, pour la mise au point et pour l'instruction. Sur les avions commandés, seuls 66 furent construits avant l'annulation du programme en raison de la fin de la guerre. Les Ryan FR-1 ne furent jamais engagés au combat. Ils parvinrent tout juste à terminer un cycle d'essais opérationnels, et servirent jusqu'en août 1947.
La VF-66, surnommée les "Firebirds", avait été constituée le 1er janvier 1945 et reçut ses premiers Fireball en mars 1945 à la NAS North Island. Le 1er mai, trois de ses appareils furent hissés à bord du porte-avions Ranger afin de qualifier sept pilotes ; deux des chasseurs furent endommagés à l'appontage, l'un ayant manqué les brins d'arrêt et heurté la barrière, l'autre ayant vu son train avant s'affaisser. Les pilotes furent qualifiés le mois suivant et se trouvaient en permission avant embarquement lorsque le Japon capitula. L'escadrille fut dissoute le 18 octobre 1945, pilotes et avions étant reversés à la VF-41.
Le 6 novembre 1945, un Fireball de la VF-41 apponta sur le porte-avions d'escorte USS Wake Island, au large de San Diego, à l'aide de son seul réacteur. L'enseigne de vaisseau J. C. « Jake » West était en circuit d'appontage, réacteur coupé comme le voulait la procédure en vigueur, lorsque le moteur à pistons s'arrêta brusquement en approche finale. Le pilote parvint à rallumer le réacteur en vol et à se poser : l'avion accrocha le dernier brin d'arrêt et fut stoppé par la barrière d'urgence, relevée en raison de l'incident. Le FR-1 devint par la même occasion le premier avion à réaction à apponter sur un porte-avions américain.
Cette antériorité est aujourd'hui nuancée. Certains éléments indiquent que le moteur Wright R-1820 fournissait encore une puissance résiduelle et que l'appontage ne se fit donc pas sur la seule poussée du réacteur. L'historique officiel du navire, établi par l'US Navy (DANFS), date par ailleurs l'événement du 5 novembre et non du 6. Surtout, la manœuvre fut improvisée et non planifiée : le premier appontage — et le premier décollage — délibérés d'un avion à réaction depuis un pont d'envol furent réalisés par le lieutenant de vaisseau Eric « Winkle » Brown sur un de Havilland Sea Vampire à bord du HMS Ocean, le 3 décembre 1945. La note de la Wikipédia anglophone donne la date du 4 décembre, non confirmée par les autres sources consultées, qui s'accordent sur le 3. Il fallut attendre le 21 juillet 1946 pour qu'un avion à réaction pur, le McDonnell FD-1 Phantom, décolle et apponte sur un porte-avions américain, l'USS Franklin D. Roosevelt.
La VF-41 s'efforça alors de qualifier ses pilotes à l'appontage, mais 14 seulement sur 22 réussirent les six décollages et appontages exigés. De nombreux incidents furent dus à la rupture du train avant, les pilotes en portant une part de responsabilité : ils reposaient brutalement la roulette de nez sur le pont après s'être posés sur le train principal.
L'escadrille fut qualifiée sur le porte-avions d'escorte Bairoko en mars 1946, mais les avaries de train avant persistèrent et écourtèrent la campagne. Ryan installa une fourche en acier pour la roulette de nez ; les inspections révélèrent toutefois des amorces de rupture dans les ailes, si bien que le facteur de charge fut limité à 5 g. La VF-41 déplora trois accidents mortels en 1946 avant d'être redésignée VF-1E le 15 novembre 1946 : un enseigne de vaisseau heurta la manche de tir lors d'un exercice de tir et partit en vrille dans la mer ; quelques mois plus tard, le commandant de l'escadrille exécutait un tonneau barriqué lorsque son aile se rompit, l'appareil percutant un autre Fireball et tuant les deux pilotes.
La VF-1E effectua sa qualification à l'appontage en mars 1947 à bord du porte-avions d'escorte Badoeng Strait : huit pilotes seulement furent qualifiés, les FR-1 se révélant trop fragiles pour endurer des appontages répétés. Lors d'un bref déploiement en juin à bord du Rendova, un appareil se rompit en deux à l'occasion d'un appontage dur. Les inspections consécutives ayant montré des signes de rupture structurelle sur les autres avions de l'escadrille, tous les Fireball furent retirés du service au 1er août 1947. À cette date, les premiers avions à réaction purs de l'aéronavale américaine offraient des performances que la formule mixte ne pouvait plus égaler.
Hormis quelques exemplaires conservés pour des essais et des modifications, les FR-1 furent envoyés à la ferraille.
La Wikipédia francophone et plusieurs sources en français mentionnent en outre un FR-1D (chasseur diurne) et un FR-1N (chasseur de nuit doté d'un radar). Ces désignations ne figurent pas dans les références anglo-saxonnes consultées et n'ont pu être confirmées.
États-Unis: La United States Navy.
L'escadron "Firebirds" était connu sous trois noms:
Un seul exemplaire, le FR-1 BuNo 39657, a survécu. Onzième appareil de série, il fut en 1945 l'un des six FR-1 envoyés au centre de recherche d'Ames, en Californie, alors exploité par le NACA et non par la NASA, créée seulement en 1958 ; plusieurs sources, dont Wikipédia, emploient la dénomination postérieure. L'avion a ensuite servi de cellule d'enseignement dans une école technique de San Luis Obispo, en Californie, avant d'être acquis par le Planes of Fame Museum de Chino, en Californie, dans les années 60 (en 1967 selon le musée). Après une restauration en configuration de présentation statique, l'appareil fut exposé à Chino le 13 juin 2009.
Les mentions d'un second Fireball conservé à l'ancien Quonset Air Museum, dans le Rhode Island, sont erronées : l'appareil concerné est un Curtiss XF15C-1, concurrent du Fireball, aujourd'hui exposé au Hickory Aviation Museum, en Caroline du Nord.
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